Érythrocytes dans les urines pendant la grossesse : causes et prise en charge

Comprendre la présence d'érythrocytes dans les urines pendant la grossesse, ses principales causes (compression mécanique, infections), les voies d'entrée des globules rouges et l'importance d'un diagnostic et d'un suivi adaptés.
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Au moment de la grossesse, l’organisme de la femme subit d’importantes transformations et un stress physiologique marqué. C’est précisément à cette période que la femme doit être particulièrement attentive à son corps et à sa santé. L’un des moyens de surveillance consiste à pratiquer régulièrement des analyses d’urine et de sang. Que faire si des érythrocytes sont retrouvés dans les urines pendant la grossesse ? Quelle est la norme pour leur présence ?

Si l’idée répandue veut que l’on évite des traitements trop lourds pendant la grossesse, il existe néanmoins des situations où une prise en charge précoce peut sauver la mère et l’enfant. La détection d’une anomalie à un stade initial permet en général un traitement efficace et la protection du fœtus contre des dommages potentiels.

Quel rôle jouent les érythrocytes pendant la grossesse ?

On sait que les globules rouges jouent un rôle central dans l’organisme : ils transportent l’hémoglobine et assurent l’acheminement de l’oxygène vers les tissus et les cellules. La durée de vie d’un érythrocyte est de trois à quatre mois, après quoi il est détruit et recyclé par le foie ou la rate. Étant donné l’importance de ces cellules chez tout individu, il est d’autant plus important de suivre ce paramètre pendant la grossesse.

Étant des éléments sanguins, les érythrocytes ne devraient en principe pas se trouver dans l’urine en quantité significative. Comment interpréter alors la présence d’érythrocytes dans les urines pendant la grossesse ?

En situation de santé optimale, il ne devrait pas y avoir d’érythrocytes dans les urines. Néanmoins, une présence minime est souvent tolérée : on considère habituellement une valeur admissible de 1 à 3 éléments par champ microscopique. Si ce seuil est dépassé, le médecin doit prescrire des examens complémentaires afin d’en déterminer la cause.

Faut-il systématiquement réaliser une analyse d’urine pour rechercher les érythrocytes ?

Le bilan sanguin est un examen de routine chez la femme enceinte. L’analyse d’urine devient nécessaire si une anémie est dépistée : le médecin cherchera alors à exclure une hématurie (présence importante d’érythrocytes dans l’urine) parmi les causes d’une baisse d’hémoglobine.

Si la concentration d’érythrocytes dans les urines dépasse la normale durant la grossesse, il convient d’en rechercher les origines.

Causes principales d’hématurie

L’augmentation du nombre d’érythrocytes pendant la grossesse peut découler principalement de deux mécanismes :

  • la compression des organes liée à la croissance du fœtus ;
  • des processus inflammatoires ou infectieux.

Hématurie liée à la grossesse

Parfois, la légère augmentation des érythrocytes dans les urines s’explique par la charge physiologique imposée au corps pendant la grossesse. Dans ces cas, une surveillance clinique et une répétition des examens urinaires sont souvent recommandées pour s’assurer de la régression de l’anomalie.

L’hématurie peut également résulter d’une compression mécanique des uretères ou des voies urinaires, entraînant une stase urinaire propice aux inflammations ou favorisant la formation de calculs. Le passage de calculs ou de microcristaux peut provoquer des microtraumatismes et la présence de globules rouges dans l’urine.

Infections et pathologies inflammatoires

La présence d’érythrocytes peut aussi témoigner d’une atteinte du système urogénital. Chez la femme enceinte, des affections chroniques (parfois jusque-là silencieuses) peuvent se réveiller ou s’aggraver. Parmi les causes possibles figurent :

  • le glomérulonéphrite ;
  • la pyélonéphrite ;
  • des anomalies vasculaires (anévrismes) ;
  • des troubles métaboliques favorisant la formation de cristaux ou de calculs.

Signalez toujours au médecin tout antécédent ou symptôme chronique, car cela accélère l’orientation diagnostique et la mise en place d’un traitement adapté.

Par quelles voies les érythrocytes peuvent-ils se retrouver dans l’urine ?

On peut résumer les mécanismes d’apparition d’érythrocytes dans les urines en trois voies principales :

  • l’altération des filtres rénaux (glomerules) lors d’un processus inflammatoire ;
  • des lésions microscopiques des tubules ou des uretères provoquant un saignement local ;
  • des atteintes des canaux rénaux entraînant un passage des globules rouges vers l’urine.

Autres causes externes d’apparition d’érythrocytes dans l’urine

Il convient de noter que la présence d’érythrocytes n’est pas toujours d’origine rénale. Des saignements vaginaux peuvent contaminer l’échantillon d’urine recueilli et fausser le résultat. De même, des lésions cutanées ou des éraflures au niveau de la région génitale peuvent altérer l’analyse. Quelle que soit l’ampleur de l’augmentation, il est important de prendre la situation au sérieux et, si nécessaire, de répéter l’examen dans des conditions strictes de recueil. L’analyse morphologique des érythrocytes retrouvés est utile : des globules rouges dysmorphiques indiquent une origine rénale supérieure (glomerulaire), tandis que des érythrocytes non modifiés orientent plutôt vers une origine vésicale ou urétrale.

La réalisation régulière des analyses permet à la future mère de protéger sa santé et celle de son enfant en détectant tôt des affections potentiellement graves.

Dr. Pierre Fontaine
Hématologue
p.font@tonpharmacien.fr
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Questions fréquemment posées (FAQ)

Quelle est la norme des érythrocytes dans les urines chez une femme enceinte ?
En principe, il ne devrait pas y avoir d'érythrocytes dans les urines ; toutefois une présence minime reste tolérée et l'on considère généralement 1 à 3 éléments par champ microscopique comme seuil acceptable. Au-delà, des examens complémentaires sont nécessaires pour rechercher une cause et évaluer l'impact sur la grossesse.
Quelles sont les causes les plus fréquentes d'érythrocytes dans l'urine pendant la grossesse ?
Les causes fréquentes incluent la compression mécanique des voies urinaires liée à la croissance du fœtus, des infections urinaires ou rénales (pyélonéphrite, glomérulonéphrite), la présence de calculs urinaires provoquant des microtraumatismes, ainsi que des processus inflammatoires aggravés par la grossesse.
Une hématurie chez la femme enceinte est-elle toujours grave ?
Pas nécessairement : une légère hématurie peut être liée à des facteurs physiologiques ou à un prélèvement contaminé. En revanche, une hématurie persistante, abondante ou associée à des symptômes (douleur, fièvre, diminution des urines, anémie) justifie une évaluation urgente pour exclure des complications potentiellement graves.
Comment différencier une origine rénale d'une contamination gynécologique lors d'un prélèvement urinaire ?
La morphologie des érythrocytes et des examens complémentaires permettent l'orientation diagnostique : des globules rouges dysmorphiques suggèrent une origine glomérulaire rénale, tandis que des érythrocytes non modifiés ou la présence de tissu vaginal dans l'échantillon orientent vers une contamination d'origine gynécologique. La répétition du prélèvement dans de bonnes conditions est souvent déterminante.
Quels examens seront prescrits si des érythrocytes sont détectés ?
Le médecin peut demander une nouvelle analyse d'urine en recueil propre, une bandelette urinaire, une culture d'urine, un bilan sanguin incluant l'hémoglobine et la fonction rénale, ainsi que des imageries (échographie rénale ou pelvienne) ou des examens urinaires spécialisés pour préciser la localisation et la cause du saignement.
La présence d'érythrocytes peut-elle provenir d'une infection gynécologique ou d'un saignement vaginal ?
Oui : des pertes sanguines vaginales ou des lésions cutanées de la région génitale peuvent contaminer l'échantillon d'urine et simuler une hématurie. C'est pourquoi il est essentiel de recueillir l'urine de manière propre et, si nécessaire, de répéter le prélèvement pour confirmer l'origine réelle des globules rouges.
Que faire en attendant les résultats complémentaires si des érythrocytes sont trouvés ?
Restez en contact avec votre professionnel de santé, évitez les efforts physiques intenses et surveillez l'apparition de signes associés (douleur lombaire, fièvre, diminution diurétique, signes d'anémie). En cas de symptômes inquiétants, rendez-vous aux urgences obstétricales ou consultez rapidement afin d'éviter toute complication pour la mère et le fœtus.
La détection d'érythrocytes dans l'urine peut-elle affecter la grossesse à long terme ?
Si la cause est identifiée et prise en charge précocement (infection traitée, calculs évacués, prise en charge des troubles rénaux), le pronostic obstétrical est généralement bon. En revanche, une pathologie rénale non traitée ou une hématurie importante répétée peut nécessiter une surveillance rapprochée et des interventions visant à protéger la santé maternelle et fœtale.