Valeurs normales de la glycémie pendant la grossesse

Présentation des normes de glycémie pour les femmes enceintes (à jeun et après repas), indications du test de tolérance au glucose, facteurs de risque, signes cliniques et recommandations nutritionnelles pour normaliser la glycémie.
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La grossesse est une période remarquable et merveilleuse dans la vie de chaque femme. Pendant cette période, des processus « magiques » se produisent dans l’organisme et de nombreux paramètres peuvent varier dans un sens ou dans l’autre. La glycémie ne fait pas exception. La norme chez les femmes non enceintes, mesurée à jeun, est de 3,3–5,5 millimoles par litre, et 120 minutes après un repas elle peut atteindre 7,8 millimoles par litre.

Pour les femmes enceintes, la norme de la glycémie à jeun peut être légèrement différente et varie de 4 à 5,5 millimoles par litre, tandis qu’après un repas elle ne doit pas dépasser 6,7 millimoles par litre. Pourquoi la glycémie peut-elle baisser ou augmenter pendant la grossesse ? Parce que le métabolisme et le profil hormonal de la femme se modifient considérablement pendant la gestation.

Compréhension générale du processus

Il y a de la glucose dans le sang de chaque personne. Elle est produite à partir des glucides complexes apportés à l’organisme. Une partie de ces glucides est utilisée pour maintenir les fonctions vitales, notamment en apportant de l’énergie à chaque cellule. Lorsque l’alimentation apporte plus de glucides que nécessaire, ils sont stockés dans le foie sous forme de polysaccharides pour servir de réserve.

Plusieurs hormones contribuent à l’augmentation de la glycémie, et une seule la réduit. Laquelle ? L’insuline. Cette hormone est produite par le pancréas, et pendant la grossesse le besoin d’apporter de l’énergie aux cellules augmente car un fœtus se développe, ce qui implique une activité accrue de la sécrétion. La glycémie augmentera si, pour une raison quelconque, les cellules bêta productrices d’insuline ne remplissent pas suffisamment leur fonction.

Normes de la glycémie pendant la grossesse

La surveillance de la glycémie pendant la grossesse se fait à deux reprises. Un prélèvement capillaire obligatoire est effectué lors de l’inscription de la femme enceinte au suivi, entre la 8ᵉ et la 12ᵉ semaine, puis à la 30ᵉ semaine. Le test se réalise strictement à jeun, c’est-à-dire qu’il ne faut ni manger ni boire pendant 10 heures avant la prise de sang. Si la future mère est malade ou mal reposée le jour du prélèvement, il est préférable de reporter l’examen car le résultat peut être erroné. Il faut informer le médecin de tout malaise au moment du prélèvement.

Selon les unités de mesure, les valeurs normales de glucose peuvent varier. Le plus souvent l’unité retenue est le millimole par litre. Quelle est la valeur moyenne normale pour une future maman ? Elle varie de 3,3 à 6,6 millimoles par litre. Pendant la grossesse, il est particulièrement important de suivre la glycémie avec un glucomètre, de réaliser les examens prescrits et de noter tout écart par rapport aux valeurs attendues. En effet, un diabète gestationnel peut survenir pendant la grossesse. Le danger est que cet état puisse évoluer vers un diabète de type 2 après l’accouchement, en raison d’une augmentation des corps cétoniques dans le sang, associée à une baisse des acides aminés.

Lors d’une grossesse normale, vers la fin du deuxième ou au troisième trimestre, la sécrétion d’insuline peut augmenter pour maintenir la glycémie à des niveaux normaux tant pour la mère que pour l’enfant.

Lorsqu’une femme enceinte présente un risque de diabète, en plus des examens de routine, on lui prescrit un test de tolérance au glucose pour évaluer la sensibilité à la glucose. Ce test est généralement recommandé de façon planifiée vers la 28ᵉ semaine de grossesse. Si la future maman prend une solution contenant 50 ou 75 grammes de glucose, le résultat doit rester inférieur à 7,8 millimoles par litre pour être considéré comme normal. Si le niveau dépasse cette valeur, le test doit être refait après 3 heures avec l’administration de 100 grammes de glucose. Quels sont les seuils considérés comme anormaux ? On peut suspecter un diabète gestationnel si :

  1. à 60 minutes la glycémie dépasse 11 millimoles par litre ;
  2. à 120 minutes la glycémie dépasse 9,2 millimoles par litre ;
  3. à 3 heures la glycémie dépasse 8 millimoles par litre.

Facteurs favorisant les écarts par rapport à la norme

Sont généralement incluses dans les groupes à risque les femmes qui :

  • ont des antécédents familiaux de diabète ;
  • ont une première grossesse à partir de 30 ans et plus ;
  • souffrent d’hydramnios (excès de liquide amniotique) ;
  • ont déjà accouché d’enfants en surpoids ou porteurs d’anomalies congénitales ;
  • ont connu des fausses couches ou grossesses arrêtées antérieures ;
  • ont déjà accouché d’un enfant mort-né ;
  • ont des antécédents de grossesses non menées à terme à répétition (plus de trois fausses couches) ;
  • ont suivi un traitement hormonal pour infertilité ;
  • sont en situation d’obésité.

Avec l’âge, les normes de la glycémie peuvent évoluer et certaines affections apparaissent ou s’aggravent. La prise de poids rapide pendant la grossesse peut aussi provoquer des écarts. Si le bébé naît avec un poids supérieur à 4,5 kilogrammes pour une taille d’environ 60 centimètres, cela peut indiquer une anomalie et la présence d’un diabète gestationnel.

Signes d’une glycémie élevée

Les futures mamans doivent être attentives aux signes suivants :

  • augmentation de l’appétit pendant la grossesse ;
  • troubles de la miction ;
  • soif importante ;
  • haleine désagréable ;
  • goût métallique ou légèrement acide dans la bouche ;
  • fatigue générale ;
  • élévation de la tension artérielle.

La présence de ces symptômes peut indiquer une élévation de la glycémie et un risque de diabète. Néanmoins, il est insuffisant de se fier uniquement aux signes cliniques : un diagnostic définitif repose sur des examens biologiques appropriés. Ces analyses sont prescrites régulièrement si la patiente est suivie en consultation prénatale. Si tous les résultats sont normaux, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. En cas de valeurs élevées, il ne faut pas tirer de conclusions hâtives. Il faut garder à l’esprit que la grossesse s’accompagne d’une modification hormonale et du métabolisme, et que d’autres facteurs peuvent influencer la glycémie, tels que :

  • le dernier repas ou la consommation d’eau avant le test ;
  • un mauvais sommeil ;
  • fatigue physique ;
  • surmenage ;
  • stress ;
  • présence d’infections.

Par conséquent, en cas de résultat élevé, le médecin prescrira un contrôle répété et seul un ensemble d’examens confirmant l’anomalie permettra de poser le diagnostic définitif.

Normalisation de la glycémie

Quel mode de vie doit adopter la future maman pour maintenir sa glycémie dans les limites normales ? Que doit-elle manger et boire ? Quel rythme de vie suivre ? Ces questions préoccupent les femmes enceintes car leur santé est la clé d’un accouchement réussi et d’un enfant en bonne santé.

Si la glycémie est élevée, il est nécessaire de revoir le régime alimentaire et de l’équilibrer au mieux. Il est recommandé d’exclure de l’alimentation les glucides rapides tels que les sucreries, les aliments gras et frits, ainsi que les pommes de terre. Il convient également de limiter la consommation de lait entier, de crèmes, de yaourts sucrés, de mayonnaise, de charcuteries, de viandes grasses comme le canard et l’oie, de lard de porc, de glaces et de chocolat. Il est préférable d’éviter les fruits trop sucrés, les jus et toutes les boissons sucrées.

On peut conserver des glucides à absorption lente, comme le sarrasin, les pommes de terre cuites au four, les pâtes faites de blé dur, le riz et le pain complet ou aux céréales. L’alimentation doit privilégier légumes, légumineuses (soja, haricots, lentilles, pois), viandes blanches comme le poulet, le veau et le lapin, fromage blanc maigre et produits laitiers fermentés à faible teneur en matière grasse. Les aliments bénéfiques pour limiter l’hyperglycémie comprennent le persil, le radis, la carotte, les feuilles de chou, la tomate, l’ail, le lait de soja, la rhubarbe et les épinards.

Parmi les céréales, l’orge, l’avoine et l’orge perlée sont recommandées. Bien que de nombreux fruits soient déconseillés en cas d’hyperglycémie, certains restent possibles : citron, coing, groseille, airelle et pamplemousse.

Pour une femme enceinte, il peut être difficile d’organiser et de suivre un régime équilibré. Il est important de savoir quoi et combien manger, c’est pourquoi il est préférable de discuter du menu avec le médecin et d’avoir un lecteur de glycémie à domicile pour surveiller les variations.

Avec une alimentation adaptée et un contrôle régulier de l’état général, il est possible de ne pas ressentir d’impact même si la glycémie tend à être supérieure. Elle peut revenir dans les valeurs souhaitées sans mettre en danger la santé du bébé. Une douche contrastée ou un bain frais et une activité physique modérée et régulière sont des aides supplémentaires.

On peut pratiquer le yoga ou une gymnastique spécialement conçue pour les femmes enceintes. Il est essentiel pour la future maman de contrôler sa glycémie, de surveiller son alimentation, d’effectuer les analyses prescrites et de maintenir un bon état d’esprit.

Dr. Pierre Fontaine
Hématologue
p.font@tonpharmacien.fr
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Questions fréquemment posées (FAQ)

Quelle est la valeur normale de la glycémie à jeun pour une femme enceinte ?
La glycémie à jeun considérée comme normale pendant la grossesse se situe généralement entre 4,0 et 5,5 mmol/l. Certains laboratoires acceptent une fourchette légèrement différente, mais une valeur nettement supérieure à ce niveau nécessite des examens complémentaires pour exclure un diabète gestationnel.
Quand réaliser le test de dépistage du diabète gestationnel ?
Le dépistage est classiquement proposé entre la 24ᵉ et la 28ᵉ semaine de grossesse sous forme d'un test de tolérance au glucose oral (50 g ou 75 g selon le protocole). Un contrôle initial est aussi réalisé au moment de l'inscription au suivi prénatal (8–12 semaines) et des tests supplémentaires peuvent être prescrits en cas de facteurs de risque ou d'anomalies des glycémies.
Quels sont les principaux facteurs de risque du diabète gestationnel ?
Les facteurs de risque incluent des antécédents familiaux de diabète, un âge maternel avancé (≥30 ans), l'obésité, des antécédents de macrosomie fœtale ou de fausses couches répétées, un antécédent de grossesse compliquée ou un traitement hormonal pour infertilité. La présence de l'un ou plusieurs de ces facteurs motive une surveillance renforcée.
Quels symptômes peuvent évoquer une glycémie élevée pendant la grossesse ?
Les signes évocateurs sont une soif excessive, une polyurie, une faim accrue, une sensation de fatigue, une haleine altérée ou un goût désagréable en bouche et parfois une hypertension associée. Toutefois, certaines femmes peuvent rester asymptomatiques, d'où l'importance des tests biologiques systématiques.
Comment peut-on normaliser la glycémie lorsqu'elle est élevée pendant la grossesse ?
La prise en charge repose d'abord sur une alimentation équilibrée privilégiant les glucides à absorption lente, la limitation des sucres rapides et des aliments gras, ainsi qu'une activité physique adaptée comme la gymnastique prénatale. Le suivi glycémique régulier, l'accompagnement diététique et, si nécessaire, le traitement médicamenteux ou l'insulinothérapie sous contrôle médical permettent de sécuriser la grossesse et la santé du nouveau-né.