Analyse biochimique du sang : interprétation et valeurs
Chaque fois que nous consultons une clinique pour des problèmes de santé, le médecin prescrit systématiquement des analyses. Ce sont des indicateurs premiers qui peuvent signaler des dysfonctionnements de l’organisme. Parmi ces examens, on prescrit souvent une analyse biochimique du sang.
Ce que peut montrer l’analyse
Le sang constitue le milieu intérieur de l’organisme et présente des paramètres relativement constants. Il circule dans chaque recoin du corps, dans tous les organes et tissus ; on y trouve donc de nombreuses substances qui proviennent de l’alimentation ou qui se forment lors du métabolisme.
L’analyse biochimique permet de déterminer avec précision la présence et la concentration de ces substances. En comparant les valeurs mesurées aux normes de laboratoire, on peut identifier des perturbations du fonctionnement des organes internes.
La biochimie sanguine est parfois la seule méthode objective permettant de confirmer ou d’infirmer un diagnostic. Elle est fréquemment utilisée dans les domaines suivants :
- endocrinologie ;
- gynécologie ;
- pédiatrie ;
- médecine du sport.
Elle est également utile dans de nombreux autres domaines cliniques.
Indications de l’examen
Ce type d’analyse peut être demandé non seulement pour les patients hospitalisés, mais aussi par le médecin traitant en consultation. L’examen sert soit à poser un diagnostic, soit à contrôler l’évolution d’un traitement.
La biochimie regroupe de nombreux paramètres ; la liste analysée est adaptée à chaque situation clinique. Par exemple, en cas de diabète, la glycémie et les paramètres glucidiques seront au premier plan.
On réalise classiquement une biochimie sanguine en cas de :
- troubles rénaux ;
- affections endocriniennes ;
- maladies cardiovasculaires ;
- affections de l’hématopoïèse ;
- problèmes digestifs ;
- pathologies hépatobiliaires.
Cette liste n’est pas exhaustive : pratiquement tout trouble des organes internes peut se traduire par des anomalies biochimiques.
Comment prélever le sang correctement
Le prélèvement pour la biochimie se fait par ponction veineuse, le plus souvent au pli du coude. La zone de ponction est désinfectée et le sang est recueilli dans un tube adapté.
Pour garantir des résultats fiables, il est conseillé de :
- s’abstenir de nourriture au moins 7 à 8 heures avant la prise de sang ;
- éviter la consommation d’alcool avant l’analyse ;
- ne pas fatiguer l’organisme par un effort physique ou un stress intense juste avant le prélèvement ;
- réaliser le prélèvement avant la prise de médicaments ou après avis médical.
Valeurs usuelles des principaux paramètres
Pour interpréter une biochimie, il est utile de connaître les valeurs de référence. Le tableau ci-dessous présente les principaux critères et leurs normes usuelles.
| Paramètre | Norme |
|---|---|
| Glycémie (glucose) | 3,3–5,6 mmol/l |
| Bilirubine totale | 3,4–17,1 µmol/l |
| Aspartate aminotransférase (ASAT / AST), U/l | Hommes ≤ 37 ; Femmes ≤ 30 |
| Alanine aminotransférase (ALAT / ALT), U/l | Hommes ≤ 40–45 ; Femmes ≤ 30–34 |
| Gamma-GT (GGT), U/l | Hommes ≤ 55 ; Femmes ≤ 38 |
| Cholestérol total | 3,2–5,6 mmol/l |
| Triglycérides | 0,41–1,8 mmol/l |
| Protéines totales | 60–83 g/l |
| Albumine | 32–52 g/l |
| Ions : K+ | 3,5–5,5 mmol/l |
| Na+ | 136–145 mmol/l |
| Cl− | 98–107 mmol/l |
| Créatinine, µmol/l | Hommes 62–115 ; Femmes 53–96 |
| Acide urique, µmol/l | Hommes 210–420 ; Femmes 150–350 |
| Protéine C-réactive (CRP) | 0–5 mg/l |
| Fer sérique, µmol/l | Hommes ≈ 11,64–30,43 ; Femmes ≈ 8,95–30,43 |
Que signifient les écarts ?
Recevoir des résultats de biochimie ne suffit pas : il faut les interpréter en les comparant aux valeurs de référence et au contexte clinique. Les fiches d’analyse indiquent des valeurs de référence, mais leur compréhension n’est pas évidente pour un non-spécialiste.
Parfois quelques anomalies isolées orientent clairement vers une pathologie, mais le plus souvent il faut croiser plusieurs paramètres pour établir un diagnostic.
Protéines totales
La mesure des protéines totales reflète la concentration des protéines plasmatiques. Des taux élevés peuvent être liés à une déshydratation, à certaines infections ou à des tumeurs. Des taux bas évoquent la dénutrition, un trouble hépatique, des hémorragies ou un état hyperthyroïdien. Des examens complémentaires sont nécessaires pour préciser le diagnostic.
Bilirubine
La bilirubine est un pigment issu de la dégradation des globules rouges. Le foie en assure le métabolisme. Une bilirubine libre augmentée évoque une hépatite virale, une infection bactérienne, une atteinte médicamenteuse du foie, une tumeur hépatique ou une anémie hémolytique. Une bilirubine conjuguée élevée oriente vers des problèmes des voies biliaires, des calculs ou des tumeurs du pancréas.
Enzymes
La plasmémie contient diverses enzymes dont l’activité est mesurée en biochimie. Une élévation significative traduit souvent une souffrance cellulaire.
Par exemple, une augmentation des transaminases (ASAT, ALAT) peut indiquer une hépatite aiguë, une nécrose hépatique, un infarctus du myocarde, des lésions musculo-squelettiques ou une hypoxie tissulaire sévère.
Une élévation de la lactate déshydrogénase (LDH) est observée notamment lors d’un infarctus, d’un myocardiite, d’un infarctus rénal, d’un hémolyse massive ou d’une embolie pulmonaire. Une hausse de la créatine kinase signale un nécrose musculaire, une épilepsie ou une dystrophie musculaire.
Acide urique
L’acide urique est le produit terminal du métabolisme des purines. Il est principalement éliminé par les reins. Des taux sanguins élevés orientent vers une insuffisance rénale, une leucémie, un jeûne prolongé, un abus d’alcool ou l’utilisation excessive de diurétiques.
Glycémie
La glycémie est systématiquement vérifiée chez les patients diabétiques. Une hyperglycémie peut traduire un diabète, un trouble endocrinien, une pancréatite aiguë ou chronique, ou un épisode de stress. Une glycémie basse oriente vers une insuffisance pancréatique, une hépatopathie, un cancer gastrique ou un empoisonnement.
La biochimie clinique établit des constats, et c’est au médecin de préciser le diagnostic et la prise en charge.
Métabolisme lipidique
Les lipides sont essentiels au métabolisme et constituent une source d’énergie. Le paramètre le plus étudié est le cholestérol. Un cholestérol élevé peut accompagner un diabète, un hypothyroïdie, la grossesse, des troubles biliaires, une pancréatite, certaines tumeurs, une hypertension ou des maladies cardiovasculaires. Un cholestérol bas n’est pas non plus sans conséquence : il peut être observé dans des cancers, une cirrhose, des états inflammatoires, un jeûne prolongé ou des troubles d’absorption.
Il ne faut pas s’auto-diagnostiquer ni s’auto-médicamenter : l’interprétation et le suivi appartiennent au médecin.
Données chez l’enfant
L’analyse chez l’enfant comprend les mêmes paramètres que chez l’adulte, mais les valeurs de référence diffèrent selon l’âge. Parmi les principales indications :
- Protéines totales : valeurs usuelles 50–85 g/l selon l’âge. Des valeurs basses évoquent un état de dénutrition ou des troubles digestifs ; des valeurs élevées se voient dans les infections.
- Glycémie : 3,3–6,6 mmol/l selon l’âge ; une élévation fait suspecter un diabète, une baisse peut traduire une dénutrition ou une surdose d’insuline.
- Bilirubine : normativement 3,5–21 µmol/l ; une élévation révèle une perturbation de la formation ou de l’élimination de la bile.
- Urée : indicateur de la fonction rénale, habituellement 2,4–7,4 mmol/l.
De nombreux parents connaissent déjà certains chiffres, mais il ne faut pas s’alarmer face à une donnée isolée. Si les symptômes cliniques sont absents et que d’autres examens sont normaux, une anomalie ponctuelle peut ne pas traduire une maladie. Les résultats peuvent être influencés par de nombreux facteurs que votre médecin vous expliquera.
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