Béance dentaire : causes, symptômes et traitements
Il est très fréquent d’entendre les dentistes parler de malocclusion chez l’enfant ou l’adulte. Dans ce cas, le contact entre les dents est perturbé. Mais il existe un problème plus sérieux : la béance dentaire, que nous allons aborder dans cet article.
Notion de béance dentaire
Si la malocclusion « classique » est déjà problématique, la béance dentaire représente une anomalie plus marquée. Dans cette situation, les dents ne se touchent pas et un espace peut se former, parfois important, aussi bien à l’avant que sur les côtés. La béance dentaire est le plus souvent diagnostiquée chez les enfants, bien qu’on la rencontre également chez les adultes. Ce n’est pas seulement un défaut esthétique : elle expose à des troubles fonctionnels variés. Si des parents remarquent chez leur enfant un défaut de fermeture des dents, il faut consulter un dentiste qui, selon la gravité, pourra orienter vers d’autres spécialistes.
On peut souvent repérer ces anomalies dès l’âge de 2 ans. À cet âge, toutes les dents temporaires sont en place et l’examen est plus aisé. Avec l’âge, le risque de développer une malocclusion diminue : à 4 ans, il n’est plus que de 10 %, et vers 6 ans il chute à environ 6 %.
Conséquences de la béance dentaire
Un mauvais contact dentaire n’est pas qu’une question d’esthétique ; il entraîne aussi d’autres problèmes :
- troubles de la parole ;
- augmentation des maladies ORL ;
- mastication inefficace en raison du défaut d’occlusion, pouvant conduire à terme à des troubles digestifs.
Plus la pathologie est détectée tôt chez l’enfant, meilleures sont les chances de la corriger. Les parents devraient présenter l’enfant, dès 2 ans ou plus tôt, à un dentiste pour s’assurer de l’absence de défaut de fermeture des dents.
Types de malocclusion
Selon l’origine du problème, les dentistes distinguent :
- la béance dentaire rachitique (ou « vraie »), généralement liée à un défaut de développement des mâchoires ;
- la béance « fausse » ou traumatique, favorisée par de mauvaises habitudes chez l’enfant puis aggravée à l’âge adulte.
Selon la localisation de l’absence de contact, on distingue :
- La béance antérieure. C’est la plus fréquente ; elle peut être isolée ou associée à d’autres anomalies.
- La béance latérale, présente d’un seul côté ou des deux.
Le degré de sévérité varie d’une personne à l’autre. On distingue plusieurs stades selon l’ampleur de l’espace entre les dents :
- le premier degré : fente verticale jusqu’à 5 mm, habituellement au niveau des incisives et canines ;
- le deuxième degré : fente de 5 à 9 mm dans la zone antérieure ;
- le troisième degré : le plus sévère, avec un espace d’environ 1 cm, intéressant non seulement les dents antérieures mais aussi les latérales.
Seul un spécialiste qualifié peut évaluer précisément la gravité et proposer un traitement adapté.
Symptomatologie
Les signes de la béance dentaire se répartissent en plusieurs groupes :
- Signes faciaux.
- Signes endobuccaux.
- Signes fonctionnels.
Chez l’enfant, les signes faciaux se manifestent ainsi :
- allongement du visage ;
- bouche souvent entrouverte ou ouverte ;
- effacement progressif du relief mentonnier ;
- raccourcissement et plissement de la lèvre supérieure ;
- visibilité des dents et de la langue sous la lèvre.
Avec l’âge, les patients tentent de masquer le défaut en fermant les lèvres.
Les signes buccaux se présentent comme suit :
- absence de contact entre les dents ;
- fente visible entre les dents, parfois importante ;
- rapprochement et migrations des dents antérieures ;
- présence fréquente de caries ;
- hypoplasie de l’émail ;
- bords incisifs irréguliers ;
- œdème et saignement gingival possibles.
Sur le plan fonctionnel, la pathologie entraîne :
- difficulté à mordre les aliments ;
- mastication et déglutition perturbées ;
- troubles de la parole ;
- respiration buccale fréquente ;
- développement de parodontopathies ;
- modification de la forme du palais et du plancher buccal ;
- sécheresse buccale due à la respiration par la bouche ;
- altération de la prononciation des sifflantes et chuintantes.
Avec l’âge, les signes et symptômes ont tendance à s’aggraver ; une consultation dentaire et une prise en charge adaptée sont nécessaires.
Causes de la béance dentaire
De nombreux facteurs peuvent être en cause. On les regroupe en deux grandes catégories :
- Facteurs prénataux.
- Facteurs postnataux.
Dans la première catégorie :
- prédisposition héréditaire ;
- infections durant la grossesse ;
- maladies somatiques de la future mère ;
- toxémie de grossesse ;
- environnement défavorable pour le fœtus.
Tous ces facteurs peuvent perturber la position des germes dentaires, provoquer une fente labio-palatine ou une déformation osseuse des mâchoires.
La seconde catégorie inclut :
- rachitisme chez l’enfant ;
- troubles du métabolisme minéral ;
- carences vitaminiques ;
- dysfonctionnements endocriniens ;
- obstruction nasale (végétations adénoïdes, polypes, déviation de cloison) ;
- mauvaises habitudes (succion du pouce, rongement des ongles).
D’autres éléments peuvent contribuer à la malocclusion : éruption dentaire tardive, frein de langue court.
On peut également citer des facteurs favorisants :
- manque d’ensoleillement ;
- alimentation de mauvaise qualité ;
- faible activité physique ;
- troubles intestinaux ;
- traitements anticonvulsivants favorisant la perte de vitamine D ;
- troubles métaboliques ;
- atteintes hépatiques et rénales.
Le traitement ne doit commencer qu’après correction des facteurs déclenchants.
Prise en charge de la béance dentaire
La prise en charge se déroule en plusieurs étapes :
- La 1ère étape débute alors que l’enfant a encore sa denture temporaire ; dès 2 ans, il est possible d’agir pour améliorer la situation.
- La 2e étape correspond à la période de denture mixte.
- La 3e étape se poursuit à la denture permanente.
Traitement chez le jeune enfant
À ce stade, les objectifs sont :
- éliminer les habitudes nocives, si présentes ;
- corriger les facteurs favorisant la respiration buccale ;
- apprendre et rééduquer la respiration nasale.
Pour supprimer les habitudes délétères, on utilise parfois des plaques avec butées dentaires. Ces dispositifs sont réservés aux situations où les autres méthodes échouent.
Parfois, il suffit d’amener une petite fille qui se ronge les ongles chez l’esthéticienne et de lui faire une jolie manucure avec un vernis coloré : l’envie de les abîmer disparaît souvent aussitôt.
Si des pathologies empêchent la respiration nasale, il faut d’abord les traiter puis entreprendre la rééducation. Certains enfants peinent à passer d’une respiration buccale à nasale, mais quelques exercices aident :
- Remplir la bouche d’eau et la repousser à l’extérieur, à répéter plusieurs fois.
- Laisser l’enfant jouer en gardant la bouche pleine d’air.
- Souffler des bulles de savon : cela renforce l’orbiculaire des lèvres.
- Apprendre à siffler en « tuyau de pipe ».
- Maintenir une règle en plastique entre les lèvres 1 à 2 minutes.
Ces exercices simples permettent d’instaurer plus facilement la respiration nasale.
Le traitement orthodontique de l’enfant s’effectue à l’aide d’appareils amovibles, par exemple :
- activateur d’Andresen–Häupl ;
- appareil de Herbst ;
- appareil de Frankel ;
- activateur de Klammt.
Chez un enfant de 2 à 3 ans, le port régulier de plaques et d’appareils peut être délicat, mais les parents doivent tout mettre en œuvre pour assurer la bonne progression du traitement.
La béance précoce nécessite également la restauration de l’équilibre myodynamique. Des exercices, la pratique d’instruments de musique ou l’électrostimulation peuvent donner de bons résultats.
Prise en charge aux étapes suivantes
À la deuxième étape, on complète les mesures précédentes par le recours à des dispositifs fixes pour déplacer les dents.
Lors de la transition vers la denture permanente, l’arcade dentaire a tendance à se rétrécir ; l’utilisation de plaques à vis et de butées linguales est alors pertinente.
Si la béance s’accompagne d’altérations de l’émail, on associe souvent le traitement standard à des gestes prothétiques.
À la denture permanente, la correction repose sur des dispositifs mécaniques munis d’appuis linguals, de leviers et d’arcs pour l’allongement dento-alvéolaire. On utilise aussi des appareils fixes (par ex. d’Angle) et des bagues spéciales avec attaches, posées sur les dents à déplacer.
Pour corriger un défaut de fermeture des dents latérales, on peut recourir à l’appareil de Herbst–Kojokaru.
Une fois la béance corrigée et les fonctions rétablies, le port d’appareils de contention n’est généralement pas nécessaire.
La phase de stabilisation dure en moyenne aussi longtemps que le traitement actif, et parfois davantage.
Dans les cas sévères, une chirurgie orthognathique peut être indiquée pour corriger une malformation des mâchoires.
Pronostic
Le pronostic dépend du moment de la prise en charge et de la complexité de la pathologie. Les meilleurs résultats sont obtenus lors d’une intervention précoce et d’un traitement approprié.
La forme clinique influence aussi l’évolution : la forme traumatique se corrige en général plus rapidement et plus facilement que la forme vraie.
Prévention
La prévention de la forme « vraie » est plus difficile, mais la forme traumatique l’est davantage. Chaque femme enceinte doit garder à l’esprit que la santé future de l’enfant dépend en partie de cette période.
Mesures préventives essentielles :
- surveillance attentive de la grossesse ;
- prévention du rachitisme chez l’enfant ;
- suppression des mauvaises habitudes ;
- apprentissage de la respiration nasale ;
- contrôle de l’éruption dentaire chez les tout-petits ;
- traitement en temps utile des pathologies des dents temporaires ;
- recours au remplacement prothétique en cas d’extraction.
Prévenir la maladie est bien plus simple que la traiter longuement. Une vigilance régulière sur l’état des dents de l’enfant permet d’éviter d’avoir à corriger une béance dentaire par la suite.
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